Au Revoir Régina

Ce 11 janvier, Régina une des voix magiques du Trio Esperança est partie rejoindre les étoiles.
13 janvier 2026

Ce 11 janvier, Régina une des voix magiques du Trio Esperança est partie rejoindre les étoiles.

Il y a des artistes qui te bouleversent sur scène. Et il y en a d’autres, plus rares, qui te déplacent dans ta façon même de faire ce métier : produire, accompagner, tenir un cap, inventer des conditions de rencontre. Ceux-là, je les porte comme une boussole.

Alain Bashung, d’abord. Une leçon de liberté. De l’exigence aussi : celle qui ne se voit pas, mais qui se sent. L’art de rester insaisissable tout en étant profondément présent. Bashung m’a appris qu’on peut chercher longtemps, douter, déplacer les contours, et pourtant viser juste. Qu’un concert n’est pas “un produit”, mais un moment de vérité fabriqué avec précision — au service d’une émotion qui, elle, ne se fabrique pas.

Trio Esperança : la joie comme discipline. L’élégance de la simplicité, la musique comme lien immédiat. Avec elles et Gérard, j’ai compris que la générosité n’est pas un “plus” : c’est une esthétique. Quand la voix circule, quand les corps se répondent, c’est tout un public qui respire autrement. Elles m’ont rappelée que la chaleur peut être une forme très haute d’exigence.

Abdoulaye Diabaté : la transmission vivante. La tradition qui n’est jamais un musée, mais une matière en mouvement. À son contact, le mot “racines” a pris un autre sens : non pas ce qui retient, mais ce qui nourrit. Produire, c’est aussi ça : créer un espace où la mémoire devient avenir, où les héritages se rencontrent sans se trahir.

Steve Turre : le souffle du jazz, et l’audace de l’hybridation. La curiosité comme moteur, l’écoute comme méthode. Il m’a appris que l’innovation n’est pas forcément un grand geste : parfois c’est une nuance, une prise de risque discrète, une confiance donnée. Et que l’on peut défendre une musique exigeante sans fermer la porte — au contraire, en l’ouvrant plus grand.

Mambomania : la fête comme architecture. La danse comme langage commun, la scène comme lieu de collectif. Avec eux, j’ai senti à quel point l’énergie peut être précise, organisée, pensée. La fête n’est pas l’opposé du travail : c’est le résultat d’un travail bien fait, d’une vision partagée, d’une attention portée à chaque détail pour que, au final, tout paraisse évident.

À travers eux, ce sont des valeurs qui se sont imprimées en moi : l’exigence sans dureté, la joie sans naïveté, la transmission sans nostalgie, l’audace sans pose, le collectif sans dilution.

Produire des concerts, c’est fabriquer des rencontres. Et si je fais ce métier comme je le fais, c’est parce que ces artistes — par leur musique, leur présence, leur façon d’être au monde — m’ont montré un chemin.

Paola D’ANGELA – Giro Music