1996 → 2026 : les grandes étapes de Giro Music

1996 → 2026 : les grandes étapes de Giro Music Une frise chronologique pour comprendre une vision au long cours
11 décembre 2025

1996 → 2026 : les grandes étapes de Giro Music

Une frise chronologique pour comprendre une vision au long cours

Entre 1996 et 2026, Giro Music n’a pas seulement aligné des dates et des tournées. L’agence a construit, patiemment, une manière de faire ce métier : à la croisée du jazz et des musiques du monde actuel, avec un pied dans l’économie sociale et solidaire, et l’idée que chaque projet doit faire circuler des œuvres, mais aussi des récits, des droits et des personnes.

Raconter ces trente ans, c’est donc moins dresser un palmarès que dérouler une frise : des jalons qui montrent comment une intuition – “la rencontre et le mouvement” – devient une ligne de conduite, stable et assumée, même dans les périodes de turbulence.


Avant 1996 : les prémices

Avant Giro Music, il y a déjà un terrain de jeu : de 1989 à 1995, Paola d’Angela pilote les tournées d’Alain Bashung, diffuse en Europe des artistes comme Les Nouvelles Polyphonies Corses, Gilberto Gil, Chico Buarque, João Bosco, João Gilberto ou Trio Esperança, et co-produit le festival Tempo Brasil à l’Olympia, à Paris.

Cette expérience laisse une conviction : les musiques dites “du monde” ne sont ni un rayon exotique, ni un marché de niche. Elles sont au cœur de ce que deviennent les villes, les diasporas, les identités en mouvement.

« J’ai compris très tôt que notre métier, ce n’était pas seulement remplir des salles, mais créer des espaces où les gens se sentent légitimes avec leurs histoires, leurs langues, leurs sons », résume aujourd’hui Paola d’Angela.

Ici se dessine déjà le premier pilier : l’hybridation comme démarche artistique et humaine, et non comme étiquette marketing.


1996 : naissance de Giro Music

Juillet 1996, création de Giro Music.
L’agence se positionne d’emblée “entre le jazz et les Musiques du Monde Actuel”, avec une ambition claire : accompagner des artistes dans la durée, en assumant une ligne esthétique exigeante, loin des effets de mode.

Dès le départ, plusieurs choix structurants sont posés :

  • une échelle humaine : une petite équipe, un suivi très fin des projets,

  • une attention aux conditions de travail des artistes et des équipes,

  • un rapport au temps qui privilégie les trajectoires aux “buzz” instantanés.

Giro Music se pense comme un “compagnon de route de la création”, plus que comme un simple intermédiaire commercial.


2000–2010 : consolider un territoire musical

Les années 2000 voient l’agence affirmer son ADN :

  • un roster à la croisée des continents (Afrique, Amériques, Méditerranée, Europe),

  • une porosité constante avec le jazz, ses formes d’improvisation, ses langages harmoniques,

  • des partenariats réguliers avec des salles et festivals qui partagent cette curiosité.

Pour beaucoup de programmateur·rices, Giro Music devient un repère : on sait que derrière chaque proposition se cache un travail de fond sur le live, mais aussi sur le sens du projet.

Un directeur de salle résume ainsi la relation :

« Quand Giro Music nous propose une date, on sait qu’il y a un récit, une trajectoire. On ne achète pas juste un concert, on entre dans une histoire qui se construit sur plusieurs saisons. »

Cette décennie consacre le deuxième pilier : la crédibilité et le positionnement. Giro Music se fait un nom par la constance de ses choix, son sérieux dans la production et la diffusion, son inscription dans les réseaux professionnels. L’adhésion à des structures comme le RIF ou, plus tard, Zone Franche et le Syndicat des Musiques Actuelles vient renforcer cet ancrage dans l’économie sociale et solidaire.


2010–2020 : du live au disque, de la tournée au récit

La décennie suivante marque une nouvelle étape : en plus de la production de concerts, Giro Music s’engage dans la production discographique. On retrouve l’agence en production ou co-production sur des albums du Trio Esperança (Doce França, 2013), de Marcel Loeffler (Images en 2011, Anthologie en 2020) ou de Kora Jazz Trio (Part IV, 2018, sélection FIP).

Cette diversification n’est pas un simple “plus” économique : elle permet de prolonger le travail sur le son, l’esthétique, la manière dont les artistes se racontent.

Pour un musicien de Kora Jazz Trio, cette continuité est essentielle :

« Avec Giro Music, on ne nous demande pas d’être plus “afro” ou plus “jazz” selon le marché. On cherche plutôt comment notre musique peut parler à des gens très différents, sans renoncer à ce qu’elle est. »

Ici, les droits culturels ne sont pas un concept, mais une pratique : laisser à chaque artiste la liberté de définir sa propre grammaire, sans lui demander de se conformer à un cliché d’“authenticité” ou à un formatage radio.

Parallèlement, l’agence multiplie les coopérations : résidences, actions culturelles, projets avec des structures de terrain. On ne se contente pas d’amener des artistes sur scène, on travaille aussi le lien avec les territoires : ateliers, rencontres, formats hybrides entre concert, discussion et transmission.


2015 : l’équipe s’élargit, les réseaux se densifient

Autour de 2015, l’équipe de Giro Music s’étoffe avec l’arrivée de nouveaux profils de production et de booking. L’agence s’inscrit toujours plus dans les réseaux internationaux (WOMEX, salons pro, rencontres européennes autour des musiques du monde et du jazz).

Ce renforcement d’équipe permet :

  • d’accompagner davantage d’artistes dans la durée,

  • de construire des tournées plus cohérentes à l’échelle européenne,

  • de mieux défendre les projets dans un environnement de plus en plus concurrentiel.

Pour les partenaires, cette stabilité est un signal : Giro Music n’est pas un “coup” sur quelques années, mais une structure qui se projette à long terme, qui investit dans les compétences et partage les responsabilités.


2020–2021 : traverser la pandémie, réaffirmer les droits culturels

La crise sanitaire vient bousculer tout l’écosystème du spectacle vivant. Pour Giro Music, le choix est clair : rester au plus près des artistes et des partenaires, même quand les dates tombent les unes après les autres.

Concrètement, cela passe par :

  • un travail de reprogrammation patient, souvent sur plusieurs saisons,

  • un accompagnement administratif et humain des équipes artistiques,

  • des formats inventés dans l’urgence (captations, rencontres en ligne, projets de résidences préparatoires).

Ces années renforcent le deuxième pilier : les droits culturels et les nouveaux récits. Dans un contexte de fermeture des lieux et de remise en cause des budgets, il faut défendre la légitimité des musiques du monde actuel, faire valoir que la diversité culturelle n’est pas une option “de confort”, mais une nécessité pour penser la société.


2022–2025 : assumer une parole politique

À partir de 2022, les baisses de subventions et la fragilisation des financements publics rendent le paysage encore plus incertain. Paola d’Angela prend la parole, notamment dans les réseaux professionnels et sur les plateformes publiques, pour rappeler que chaque euro retiré est une voix artistique potentielle qui s’éteint.

Dans un édito récent, elle résumait cet engagement par une formule : “Moins de moyens, jamais moins de diversité. »

Cette période voit aussi Giro Music renforcer son implication dans les réseaux : Zone Franche (réseau des musiques du monde), RIF, SMA, opérateurs de l’économie sociale et solidaire. L’agence ne se contente pas d’utiliser ces réseaux comme vitrines : elle participe aux débats sur les visas artistes, les modèles économiques alternatifs, la place des musiques du monde dans les politiques publiques.

Un responsable de réseau résume ainsi le rôle de l’agence :

« Giro Music, c’est une structure qui ne vient pas chercher simplement des opportunités. Elle arrive avec des propositions, des alertes, des idées de coopération. C’est un appui précieux pour défendre les musiques du monde à l’échelle nationale. »


2026 : une vision à long terme, toujours en mouvement

Arrivés à 2026, que montre la frise de Giro Music ?

  1. Une stabilité rare dans le temps :

    • 30 ans d’activité,

    • une direction fondatrice toujours présente,

    • une équipe renforcée et des réseaux consolidés.

  2. Une ligne artistique assumée :

    • l’hybridation comme moteur (kora & jazz, héritages traditionnels & électro, voix d’ici et d’ailleurs),

    • le refus de l’uniformisation,

    • le soin apporté à la construction de projets par étapes (résidences, créations, tournées, disques).

  3. Une pratique concrète des droits culturels :

    • la conviction que chaque artiste porte un récit singulier,

    • l’attention aux publics, aux territoires, aux contextes (migrations, diasporas, quartiers populaires, ruralités),

    • la volonté de co-construire avec les lieux et les partenaires, plutôt que de superposer des “tournées hors-sol”.

  4. Un positionnement clair dans l’économie sociale et solidaire :

    • une structure indépendante,

    • une inscription dans des réseaux professionnels qui défendent des modèles plus justes,

    • une parole assumée sur la nécessité de préserver la diversité culturelle.


Une frise qui raconte plus que de la musique

En 1996, Giro Music naît avec l’intuition que la place entre jazz et musiques du monde est un territoire à inventer. En 2026, cette intuition ressemble à une ligne de crête : un endroit où se croisent les artistes, les langues, les esthétiques, mais aussi les droits, les solidarités et les combats.

Cette frise chronologique ne raconte donc pas seulement l’histoire d’une agence de booking. Elle dit quelque chose des musiques du monde actuelles :

  • qu’elles sont des laboratoires d’hybridation,

  • qu’elles portent des récits essentiels sur nos sociétés,

  • qu’elles ont besoin de structures stables, engagées, pour exister dans la durée.

Pour nous, à Giro Music, c’est sans doute la plus grande fierté : avoir prouvé, année après année, qu’on peut faire ce métier autrement. En 1996, on ouvrait un chemin. En 2026, on continue de l’élargir – avec les artistes, les partenaires et les publics qui en font, ensemble, une route vivante et vibrante.